Comment libérer son cerveau des tâches inachevées

Combattre la procrastination avec l’effet Zeigarnik

As-tu déjà remarqué qu’on avait souvent une solution le matin en se levant à un problème non résolu lorsqu’on s’est couché ?

As-tu également remarqué que notre cerveau prenait un malin plaisir à nous rappeler toutes les tâches en suspend, à des moments improbables ?

Ou encore qu’on est tenté de finir la saison que l’on vient de commencer sur Netflix ?

Curieux, non ?

Dans ce cas, tu as sûrement eu affaire à l’effet Zeigarnik, sans même le savoir.

Cet effet est basé sur l’idée que c’est dans la nature humaine de vouloir finir ce qui a été commencé.

Je vais t’expliquer dans cet article comment libérer ton cerveau des tâches inachevées, et ne plus te faire parasiter inutilement la mémoire.

Qu’est-ce que l’effet Zeigarnik ?

L’effet Zeigarnik est un principe psychologique qui a été mis en évidence en 1926 par la psychologue russe Bluma Zeigarnik.

Elle a observé que les garçons de café étaient capables de mémoriser toutes les commandes en cours, pour chaque table, mais qu’une fois le paiement effectué, ils étaient dans l’incapacité de se remémorer qu’elle était la commande. Par contre, ils se souvenaient parfaitement des commandes passées au moment où les clients arrivaient en caisse.

Cela l’a tellement intrigué qu’elle a décidé de l’étudier plus en détails.

Pour prouver la réalité du phénomène, la psychologue a alors réalisé une petite expérience : des participant (enfants et adultes) devaient effectuer de manière rapide et correcte, une vingtaine de petites tâches basiques comme résoudre des puzzles et enfiler des perles.

Mais, pour la moitié des participants, elle les interrompit plusieurs fois dans certaines de leurs activités, pour leur faire effectuer d’autres tâches.

Puis, lorsque l’autre moitié des participants eurent terminé leurs tâches basiques, elle les rassembla et leur demanda quelles tâches ils se souvenaient avoir fait.

Verdict ?

Les participants qui avaient été coupés dans leur élan se souvenaient deux fois mieux des tâches inachevées que celles qu’ils avaient terminées.

Selon l’effet Zeigarnik, on se souvient ainsi mieux des tâches inachevées que des tâches terminées.

L’effet Zeigarnik résumé en une image

L’angoisse de ne pas terminer ce que l’on a commencé

Notre nature humaine nous pousse à finir ce qui a été commencé. Et lorsque ce n’est pas le cas, nous ressentons un sentiment inconfortable de dissonance, voire même de culpabilité. Ne pas finir quelque chose nous met dans un état de tension qui nous pousse à porter plus attention à ce qu’on souhaite terminer.

C’est ce qui nous pousse à terminer la saison commencée sur Netflix.

Mais aussi à réfléchir à un problème complexe en dormant, et à se réveiller avec la solution.

C’est aussi ce qui nous pousse à nous rappeler les tâches en suspend, la liste des courses, à n’importe quel moment. Car il s’agit de tâches inachevées qui ne demandent qu’à l’être.

Mais c’est également cet état de tension induit par l’effet Zeigarnik qui nous pousse à avoir une forte charge mentale, à finir par être en surcharge de travail, et à générer tension et stress inutile face à la montagne de choses à accomplir.

Les 8 corollaires de l’effet Zeigarnik

1 ) Tu sais à chaque instant tout ce que tu as commencé et où tu en es

C’est bien pratique de se souvenir des tâches inachevées. Cela permet de reprendre une tâche là où on l’avait laissé.

Car oui, dans certaines circonstances on est obligé de laisser en suspend une tâche, parce qu’on attend un retour d’un fournisseur, parce qu’on a dû traiter une urgence, parce qu’il y a un bug technique, etc…

Le problème, c’est que plus on a de tâches inachevées, plus on doit se souvenir de leur état, et plus on accapare de la mémoire. Cela génère une charge mentale conséquente et peut même amener à une surcharge. Et là, attention les dégâts.

Finalement, notre cerveau fonctionne un peu comme un ordinateur : on a une quantité définie de mémoire et lorsqu’on atteint les 100%, il se met à ramer.

2 ) Quand quelqu’un te demande une liste de ce que tu as fini, tu as déjà tout oublié

Qu’as-tu fait de marquant l’année dernière ? Une question, et pourtant en y réfléchissant bien, à part les vacances au soleil dans les îles, qu’as-tu fait de marquant ?

Rien. Tu as lézardé toute l’année, tu as glandé, jour après jour, mois après mois. C’est en tout cas ce que ton cerveau te fait croire.

Parce qu’il a tout oublié. C’est passé, c’est réalisé, ça n’a plus d’importance.

Pourtant si tu avais dressé une liste de tout ce que tu as fait de marquant l’année dernière, je suis persuadé que tu aurais des dizaines et des dizaines de choses à me dire.

D’où l’importance des listes de tâches (les fameuses To Do List).

Non seulement ça permet de ne pas oublier les futures tâches à accomplir, mais on se rappelle d’un coup d’oeil tout ce qui a été accompli.

Au quotidien dans mon travail, je note tout ce que je fais : les actions techniques sur les serveurs, les tâches projets réalisées, les tâches d’exploitation réalisées. Et lorsque 6 mois plus tard avec l’équipe on a besoin de se rappeler de qui a fait quoi et surtout comment, on ressort notre historique, et on a la réponse.

Non seulement je peux justifier à tout moment de tout ce que j’ai fait, mais même 2 ans plus tard on peut retrouver les actions effectuées pour les reproduire, ou modifier ce qui a été fait.

Un gain de temps non négligeable.

3 ) Plus tu commences de tâches sans les finir, plus ton stress augmente

Multiplier les tâches en cours de réalisation, donc sans les finir, c’est faire du multitâche. Et c’est tout sauf efficace.

Ton cerveau ne sait que travailler en mode séquentiel, une tâche après l’autre. Il ne connaît pas le mode parallèle comme un ordinateur capable de faire des millions de calculs par seconde.

Du coup plus tu commences de tâches sans les terminer, plus tu augmente la mémoire utilisée pour retenir les informations de chacune de ces tâches, plus tu augmentes ta charge mentale.

Et si tu persistes dans cette voie, cela t’emmène dans le cercle vicieux et inévitable de la surcharge de travail.

Que ce soit la surcharge de travail ou la charge mentale conséquente, tout cela engendre du stress au quotidien, ce qui va perturber non seulement ta santé mais aussi ton équilibre de vie tout entier.

4 ) La tension diminue quand tu finis une tâche

On l’a vu, plus tu lances de tâches en parallèle sans les terminer, plus tu augmentes ta charge mentale, ce qui occasionne sur le long terme des problématiques de surcharge de ton cerveau.

Pour lutter contre cet effet négatif, il y a un truc simple et extrêmement efficace : terminer et clôturer les tâches actuellement inachevées.

On l’a vu, le cerveau n’aime pas se rappeler des choses passées, et préfère se concentrer sur le futur, sur le reste à faire.

Lorsqu’on termine une tâche, notre cerveau inscrit les dernières informations dans son registre, le referme et l’envoie se ranger au fin fond des archives, pour libérer de la place.

Pour faire redescendre stress et tension, il te faut donc contrôler le nombre de tâches actuellement en cours, et t’assurer qu’il n’y en a pas trop.

5 ) Le cerveau n’aime pas l’ambiguïté

Notre cerveau déteste toute forme d’ambiguïté. C’est le résultat d’une étude menée à l’université du Michigan par Noah Schiffman et Suzanne Greist-Bousquet (1992).

Ils en sont arrivés à la conclusion que l’angoisse apparaît lorsque :

  • Nous sommes dans l’incapacité de finir quelque chose
  • Nous nous trouvons dans l’incapacité de comprendre
  • Une information ambiguë surgit
  • Une nouvelle information remet en cause tout ce qui s’est produit avant

Pourquoi ?

Notre cerveau a un besoin fondamental de résoudre des problèmes et de comprendre. Une tâche inachevée est un problème en attente de résolution.

Et il carbure, non stop, jour et nuit, jusqu’à trouver un moyen de résoudre cette problématique.

C’est comme ça depuis la nuit des temps. Il en a toujours été et il en sera toujours ainsi.

Et c’est grâce à ce fonctionnement que nous sommes passés de la découverte du feu aux smartphones 5G.

6 ) Tu retiendras mieux quelque chose si tu le fais plusieurs fois

Tu connais sûrement le vieux dicton : “C’est en forgeant qu’on devient forgeron”.

Dire qu’on a vu juste depuis le début.

En répétant encore et encore une même tâche, on est plus susceptible de s’en souvenir par la suite.

Ainsi, fractionner tes temps d’apprentissage te permet de mieux retenir les informations.

Une étude de McKinney (en 1935), suggère même que les étudiants qui s’autorisent à arrêter d’étudier pour jouer ou faire une activité physique se rappellent mieux de leurs sujets que ceux qui étudient d’une seule traite sans faire de pause.

7 ) Tu peux réduire l’effet Zeigarnik en accomplissant une tâche similaire à la tâche inachevée

Ici, je te demande ni plus ni moins que de travailler avec la méthode des blocs de temps afin de maximiser votre efficacité.

L’idée est simple : plutôt que de traiter la tâche A1, puis passer à la tâche B1, puis à la tâche C1, avant de passer à la tâche A2, et ainsi de suite … Tu vas préférer les traiter par blocs : toutes les tâches A, puis toutes les tâches B, etc…

En effet, lorsque tu passes d’une tâche A à une tâche B, il s’agit pour ton cerveau d’un nouveau problème à résoudre. Il prend donc un temps d’adaptation pour bien comprendre les enjeux, les objectifs, les variables afin de bien cerner la problématique. Et ça se répète à chaque fois que tu changes de tâches.

Par contre, si tu traites tes tâches par bloc, toutes les 1 ensemble, puis toutes les B et ainsi de suite, ton cerveau agit alors différemment : traiter les tâches A est un seul et même problème, il est juste répété X fois. Plus besoin de temps d’adaptation, il suffit de répéter ce que l’on vient de faire.

La méthode des blocs ininterrompus est d’ailleurs selon moi l’une des clés de l’efficacité.

Regroupe donc toutes les tâches similaires et traite-les en bloc.

8 ) Si tu as quelque chose de difficile à faire, commence par la partie facile

Beaucoup de gens sur Internet te conseilleront de commencer par les tâches les plus difficiles (la méthode “Eat that frog”).

Je ne suis pas d’accord. Laisse-moi t’expliquer pourquoi.

Commencer par une tâche difficile, ça ne vend pas du rêve. On attaque direct dans le complexe, on sue à grosses gouttes, on s’acharne dessus et quand enfin on en arrive à bout, on se rend compte qu’on a tout dépensé.

Au contraire, commencer par une tâche facile et rapide permet de se mettre en disposition pour la suite. C’est un peu comme l’échauffement pour les sportifs. Avant de commencer à lever 120 kg, on commence par des petits poids, on prépare ses muscles à soulever une charge imposante.

En commence petit et facile, cela aura pour effet d’augmenter ta confiance en toi, ta motivation et ta détermination pour poursuivre et achever la suite.

C’est un quick win. Une victoire rapide.

Rien de tel que de cocher rapidement quelques cases “achevées” sur sa liste de tâches avant d’attaquer le gros du boulot.

Comment transformer l’effet Zeigarnik pour libérer son cerveau des tâches inachevées ?

On l’a vu, l’effet Zeigarnik peut engendrer une charge mentale conséquente, qui à son tour peut impacter négativement ton efficacité. Alors comment transformer cet effet en force ?

D’après la “théorie dynamique de la Personnalité” de Lewin, commencer une tâche sans l’achever crée une sorte de tension dans ton esprit, ce qui rend cette tâche plus facile d’accès pour ton cerveau.

Cette tension n’est alors résolue qu’en terminant la tâche, ce qui t’incite fortement à le faire. Peu importe notre résistance, nous sommes tous programmés pour finir ce que l’on a commencé.

L’effet Zeigarnik est donc un outil anti-procrastination par excellence!

Que tu sois plongé dans une tâche importante ou insignifiante, ne pas terminer ce que tu as commencé déclenchera une petite alarme dans ton esprit. Un seul mot d’ordre : Finir la tâche quoi qu’il arrive. Et elle résonnera dans ton esprit jusqu’à ce que tu ais terminé la tâche en question.

Également, pour tirer le meilleur parti de l’effet Zeigarnik et d’éviter ces effets négatifs :

  • N’hésite pas à utiliser des todo list pour soulager ton cerveau, et te rappeler tout ce qui a été fait lorsque tu douteras de toi ou que tu auras l’impression de ne pas avancer.
  • Évite le multi-tâches à tout prix, pour diminuer la charge mentale et éviter du stress inutile
  • Fais des pauses régulièrement et force-toi à faire autre chose que ton travail pendant quelques instants. La tâche inachevée te restera en mémoire, et ton cerveau continuera à y travailler en tâche de fond, même si tu prends un café ou pars prendre l’air. C’est d’ailleurs comme ça que mes problèmes complexes se débloquent souvent.
  • Adopte la méthode des blocs de travail ininterrompus : regroupe toutes les tâches similaires, et traite les en lot, les une à la suite des autres.
Et toi, quelles sont tes astuces afin de désencombrer ton cerveau et de le libérer des tâches inachevées ?

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